Vitamine K2 : la molécule méconnue de la longévité et de la santé cardiovasculaire
Qu'est-ce que la vitamine K2 ?
La vitamine K2, ou ménaquinone, est une vitamine liposoluble appartenant à la famille des vitamines K, aux côtés de la vitamine K1 (phylloquinone), présente principalement dans les légumes verts. Contrairement à la K1, principalement dédiée à la coagulation sanguine, la vitamine K2 joue un rôle central dans le métabolisme du calcium, orientant ce dernier vers les os et les dents plutôt que vers les artères et les tissus mous.
Il existe plusieurs formes de vitamine K2, notées MK-4 à MK-13 selon la longueur de leur chaîne latérale. Les deux plus étudiées sont :
- MK-4 : présente dans les produits animaux (jaune d'œuf, foie, viande), demi-vie courte dans l'organisme.
- MK-7 : issue de la fermentation bactérienne (natto japonais notamment), avec une demi-vie beaucoup plus longue, ce qui en fait la forme privilégiée dans les compléments alimentaires (Schurgers et al., 2007).
Un peu d'histoire
La vitamine K a été découverte en 1929 par le biochimiste danois Henrik Dam, qui étudiait la coagulation sanguine chez le poulet. Ce nom vient d'ailleurs du mot allemand Koagulation. Dam recevra le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1943 pour cette découverte, partagé avec Edward Doisy.
Pendant des décennies, la recherche s'est concentrée sur la vitamine K1 et son rôle dans la coagulation. Ce n'est qu'à partir des années 1990-2000, notamment grâce aux travaux de l'équipe de Cees Vermeer à l'université de Maastricht, que le rôle spécifique de la K2 dans la santé osseuse et cardiovasculaire a été mis en lumière, ouvrant un nouveau champ de recherche sur son potentiel dans la lutte contre le vieillissement vasculaire.
Le mécanisme d'action : pourquoi elle intéresse tant les chercheurs
La vitamine K2 agit comme cofacteur d'enzymes qui activent certaines protéines dépendantes de la vitamine K, notamment :
- L'ostéocalcine : protéine produite par les ostéoblastes, qui fixe le calcium sur la matrice osseuse.
- La protéine Gla matricielle (MGP) : puissant inhibiteur de la calcification des tissus mous, notamment des parois artérielles.
Sans activation suffisante par la vitamine K2, ces protéines restent inactives : le calcium circulant risque alors de se déposer non pas dans les os, mais dans les artères, contribuant à leur rigidification — un phénomène étroitement associé au vieillissement cardiovasculaire (Cranenburg et al., 2007).
Les bénéfices potentiels liés au vieillissement
Santé cardiovasculaire
L'étude de cohorte néerlandaise Rotterdam Study, portant sur plus de 4800 participants, a montré qu'un apport élevé en vitamine K2 était associé à une réduction significative de la calcification aortique et à une baisse du risque de mortalité cardiovasculaire (Geleijnse et al., 2004).
Santé osseuse
Plusieurs essais cliniques japonais ont étudié la MK-4 à haute dose dans la prévention de l'ostéoporose, montrant une réduction du risque de fractures vertébrales chez les femmes ménopausées (Iwamoto, 2014). La vitamine K2 est ainsi souvent associée à la vitamine D3, avec laquelle elle agit en synergie : la D3 augmente l'absorption du calcium, la K2 s'assure qu'il soit correctement dirigé.
Souplesse artérielle et élasticité de la peau
L'essai clinique BKCT (Beaulieu Knapen Calcification Trial) a démontré qu'une supplémentation en MK-7 pendant trois ans améliorait la souplesse artérielle chez des femmes ménopausées en bonne santé (Knapen et al., 2015).
Avantages et limites
Avantages :
- Contribue à diriger le calcium vers les os plutôt que vers les artères.
- Synergie intéressante avec la vitamine D3.
- Formes bien tolérées, peu d'effets secondaires rapportés.
- La forme MK-7 offre une meilleure biodisponibilité et une action prolongée.
Limites et précautions :
- Les études à long terme sur de larges populations restent encore limitées.
- Interaction majeure avec les anticoagulants (type warfarine/AVK) : la vitamine K2 peut réduire leur efficacité, un avis médical est indispensable avant toute supplémentation dans ce cas (ANSES, 2021).
- Les apports alimentaires (natto, fromages affinés comme le gouda ou le brie, jaune d'œuf, foie d'oie) restent souvent insuffisants dans les régimes occidentaux, d'où l'intérêt de la supplémentation encadrée.
Où trouver la vitamine K2 ?
- Natto (soja fermenté japonais) : la source la plus concentrée en MK-7.
- Fromages affinés : gouda, edam, brie.
- Jaune d'œuf et abats : riches en MK-4.
- Compléments alimentaires : généralement sous forme de MK-7, souvent combinés à la vitamine D3 et parfois au calcium ou au magnésium.
Recherches en cours
Les recherches actuelles explorent notamment le rôle de la vitamine K2 dans la prévention du déclin cognitif, la santé rénale (notamment chez les patients dialysés) et son interaction avec le microbiote intestinal, ce dernier participant à la synthèse endogène de certaines formes de ménaquinones. Des essais cliniques de plus grande envergure sont en cours pour confirmer les bénéfices observés dans les études de cohorte (Halder et al., 2019).
Sources
- Schurgers et al., 2007, Blood
- Cranenburg et al., 2007, Thrombosis and Haemostasis
- Geleijnse et al., 2004, Journal of Nutrition (Rotterdam Study)
- Iwamoto, 2014, Nutrients
- Knapen et al., 2015, Thrombosis and Haemostasis
- Halder et al., 2019, International Journal of Molecular Sciences
- ANSES - Agence nationale de sécurité sanitaire