Anthony Berthou est-il un nutritionniste fiable ? Portrait vérifié
Anthony Berthou, ce nom qui revient partout en nutrition
Si vous vous intéressez un tant soit peu à l'alimentation saine, vous êtes probablement déjà tombé sur son nom : Anthony Berthou apparaît comme nutritionniste référent de l'application Yuka, auteur d'un pavé de plus de 700 pages compilant des milliers d'études, invité régulier sur France Inter ou dans Le Monde, et enseignant à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL). De quoi impressionner — mais aussi de quoi se méfier : dans un secteur où le titre de « nutritionniste » n'est pas toujours protégé et où les autoproclamés experts pullulent, la question mérite d'être posée franchement. Alors, Anthony Berthou : référence sérieuse ou simple bonne communication ? Nous avons vérifié, poste par poste, ce qui circule à son sujet.
Un parcours qui part du sport de haut niveau
Anthony Berthou a d'abord été sportif : il a fait partie de l'équipe de France junior de triathlon. Sa carrière compétitive s'est arrêtée assez tôt pour des raisons de santé — son site officiel reste volontairement discret sur la nature exacte de ces raisons, et nous n'avons trouvé aucune source fiable permettant de préciser davantage ce point (une association de patients atteints de la maladie de Lyme l'a par la suite invité à plusieurs reprises comme intervenant nutrition, mais rien n'indique qu'il ait lui-même été concerné par cette maladie — il y intervient comme expert extérieur). C'est cet épisode, quel qu'il soit, qui l'a fait basculer d'une vision de l'alimentation centrée sur la performance vers une vision centrée sur la santé au sens large.
Sur le plan académique, son parcours est concret et vérifiable : diplôme d'État de diététicien-nutritionniste, complété par cinq années de faculté de médecine, un diplôme d'ingénierie de la nutrition, un diplôme universitaire en biologie de l'évolution (Lyon) et un autre en micronutrition (faculté de pharmacie de Dijon). C'est un profil sensiblement plus étoffé que la moyenne des « coachs nutrition » qui fleurissent sur les réseaux sociaux sans formation médicale ou paramédicale reconnue.
Un enseignant installé dans la durée, pas un one-shot médiatique
Il enseigne depuis 1999 — ce qui exclut d'emblée l'image d'un expert médiatique tout juste sorti de nulle part. Parmi ses interventions les plus citées : un enseignement sur les « enjeux mondiaux de l'alimentation à l'horizon 2050 » à l'EPFL, l'une des grandes écoles techniques les plus réputées d'Europe. Qu'une institution de ce niveau l'invite sur des questions de durabilité alimentaire est un signal de reconnaissance qui dépasse le simple cercle de la vulgarisation grand public.
Aujourd'hui, il dirige La Nutrition Systémique, son propre organisme de formation destiné aux professionnels de santé, du paramédical et du sport, dans lequel il transmet son approche intégrative — relier l'assiette à l'écologie, au sommeil, au stress et à l'activité physique plutôt que de la réduire à un comptage de calories.
Le nom derrière l'application Yuka
C'est sans doute ce qui a le plus fait connaître Anthony Berthou du grand public : il est le nutritionniste référent de Yuka depuis la création de l'application, confirmé directement sur son site officiel. Yuka aide des millions d'utilisateurs à décoder la qualité nutritionnelle des produits alimentaires et cosmétiques qu'ils scannent en rayon.
Ce rôle mérite toutefois d'être nuancé plutôt qu'encensé sans recul : réduire un aliment à une note sur 100 et à un code couleur simplifie nécessairement une réalité nutritionnelle plus complexe. Un fromage ou un beurre traditionnel peut ainsi être classé « médiocre » à cause de sa teneur en graisses saturées ou en sel, sans que cela reflète toujours la place légitime de ces aliments dans une alimentation équilibrée et plaisante. Le rôle d'un conseiller scientifique n'est pas de concevoir l'algorithme dans ses moindres détails techniques, mais bien d'en valider les fondements — la nuance a donc ses limites, quel que soit le sérieux de la personne qui l'apporte.
Anthony Berthou est aussi à l'origine d'un outil plus ancien et moins connu : un algorithme de diagnostic nutritionnel destiné aux professionnels de santé, créé en 2009, lauréat du concours national des entreprises innovantes du ministère de la Recherche. Cet outil a donné naissance à holiSané, aujourd'hui commercialisé sous le nom Companion.
A-t-il produit de la littérature scientifique ? Oui, mais pas comme on pourrait le croire
C'est la question la plus délicate à trancher, et celle sur laquelle circulent le plus d'approximations. Deux réponses, en apparence différentes, se recoupent en fait sans se contredire vraiment.
D'un côté, Anthony Berthou n'est pas un chercheur académique au sens strict : l'essentiel de son travail écrit consiste en des ouvrages de synthèse pour le grand public et les professionnels, et non en articles de recherche originale publiés régulièrement dans des revues à comité de lecture. Son livre le plus imposant, le Traité de la pleine santé par l'alimentation durable (Dunod, 2023), revendique la compilation critique de plus de 10 000 références scientifiques — un travail de synthèse considérable, mais qui reste, par nature, un travail de synthèse et non une production de données originales.
De l'autre, il serait inexact d'affirmer qu'il n'a jamais contribué à une publication scientifique à comité de lecture : nous avons retrouvé et vérifié directement auprès de l'éditeur une étude bien réelle, publiée en 2026 dans la revue Nutrients (indexée sur PubMed), intitulée Digestive Vulnerability and Exercise Exposure as Correlates of Gastrointestinal Symptoms and Race Withdrawal in Endurance and Ultra-Endurance Athletes. Anthony Berthou y figure comme co-auteur, rattaché à la structure « Santé & Nutrition » à Nantes. Cette étude s'intéresse aux troubles digestifs qui poussent des coureurs d'ultra-trail à abandonner en course — un sujet cohérent avec son expertise en nutrition sportive.
Autrement dit : il n'est pas un producteur régulier de recherche primaire, mais il n'en est pas non plus totalement absent. Son apport principal reste celui d'un passeur — quelqu'un qui digère une littérature scientifique abondante pour la rendre exploitable par des professionnels et par le grand public, avec, ponctuellement, une implication directe dans la recherche elle-même.
Petite précision utile pour qui chercherait à vérifier tout ceci par lui-même : ne confondez pas Anthony Berthou, le nutritionniste, avec Antoine Berthou, économiste spécialiste du commerce international dont les travaux (sur les coûts de transaction, l'euro ou les sanctions commerciales) n'ont strictement rien à voir avec la nutrition. Les deux noms se ressemblent suffisamment pour brouiller une recherche rapide.
Ses livres, en un coup d'œil
Sa bibliographie compte sept ouvrages, dont trois particulièrement représentatifs de ses différentes casquettes :
- Traité de la pleine santé par l'alimentation durable (Dunod, 2023) — son ouvrage de référence, dense et documenté, qui articule nutrition, écologie et biologie de l'évolution.
- Du bon sens dans notre assiette, coécrit avec le chef étoilé Thierry Marx (Actes Sud) — une passerelle entre nutrition et gastronomie.
- Remettez du bon sens dans votre assiette : 41 préjugés déconstruits par un nutritionniste, coécrit avec François-Régis Gaudry, Philomène Lelay et Jean-Baptiste Lucas (Actes Sud) — un format plus accessible qui démonte des idées reçues nutritionnelles une par une.
Le fait que ces livres soient publiés chez des maisons d'édition généralistes reconnues (Dunod, Actes Sud), et non auto-édités, constitue un filtre éditorial supplémentaire — sans être une garantie scientifique en soi.
Ce qui plaide en sa faveur
Sa reconnaissance ne repose pas sur un seul pilier, mais sur un faisceau d'indices convergents : une formation académique réelle et vérifiable, un enseignement installé dans la durée dans des institutions sérieuses, un rôle de conseiller scientifique confié par une entreprise technologique à fort impact (Yuka), des éditeurs généralistes reconnus, et — fait suffisamment rare pour être souligné — une implication ponctuelle mais bien réelle dans une publication scientifique à comité de lecture.
Sur le fond, son approche dite « systémique » — refuser de réduire l'alimentation à un comptage de macronutriments pour la relier au sommeil, au stress, à l'activité physique et à l'environnement — s'inscrit dans un courant de recherche en santé globale aujourd'hui largement reconnu, qui insiste sur le caractère multifactoriel des maladies chroniques. Ce n'est pas une lubie marketing, c'est une lecture qui tient scientifiquement la route, même si elle demande davantage de nuance qu'un régime clé en main.
Ce qu'il faut garder en tête
Aucune de nos recherches n'a fait remonter de controverse documentée, de scandale ou d'accusation de charlatanisme le concernant dans des sources fiables — ce qui est en soi rassurant, sans pour autant dispenser d'esprit critique face à n'importe quel expert visible, lui compris.
Quelques points de vigilance légitimes se dégagent malgré tout de cette enquête :
- La simplification a un coût. Son association avec un outil grand public comme Yuka l'expose au même écueil que tout système de notation simplifié : une nuance scientifique fine peut se perdre dans un code couleur.
- Le risque d'anxiété alimentaire. Un discours très détaillé sur la perméabilité intestinale, les pics glycémiques ou la qualité des graisses peut, chez des personnes déjà sujettes à l'anxiété, nourrir une forme d'obsession du « bien manger » (l'orthorexie) — un risque inhérent à toute nutrition très normative, quelle que soit la rigueur de celui qui la porte.
- Un coût d'accès réel. Les recommandations qui gravitent autour de la micronutrition — produits bio, poissons gras de qualité, compléments ciblés — ont un prix, ce qui peut les rendre difficilement applicables pour une partie du public.
- Un statut à rappeler. Aucun nutritionniste, aussi reconnu soit-il, ne remplace un avis médical individualisé — un principe de bon sens que les personnes vulnérables (femmes enceintes, enfants, personnes atteintes de pathologies chroniques) ont tout intérêt à garder en tête.
Ces réserves ne sont pas des accusations : ce sont les questions à se poser face à n'importe quelle figure de la nutrition, aussi sérieuse soit-elle — et c'est précisément parce qu'elles s'appliquent sans complaisance à Anthony Berthou, sans rien trouver de disqualifiant, que son profil ressort plutôt renforcé de cet examen.
Verdict
Sur la base de ce que nous avons pu vérifier de façon indépendante, Anthony Berthou est un professionnel de la nutrition dont les qualifications, l'expérience d'enseignement et la reconnaissance institutionnelle sont réelles et documentées — ce qui n'est pas si fréquent dans un secteur où l'autoproclamation reste monnaie courante. Ce n'est pas un chercheur académique produisant régulièrement des données originales, mais un vulgarisateur de haut niveau, ponctuellement associé à un vrai travail de recherche. Pour un public non-spécialiste en quête de repères solides en nutrition, c'est une référence sérieuse — à condition, comme pour tout expert, de garder la sienne d'esprit critique en réserve.
Sources
- Anthony Berthou — À propos, site officiel
- Anthony Berthou — Liste de ses livres, site officiel
- Traité de la pleine santé par l'alimentation durable — Dunod
- Anthony Berthou — Éditions Actes Sud
- Digestive Vulnerability and Exercise Exposure as Correlates of Gastrointestinal Symptoms and Race Withdrawal in Endurance and Ultra-Endurance Athletes — Nutrients (MDPI), 2026
- Même étude sur PubMed
- La Nutrition Systémique — organisme de formation d'Anthony Berthou
- holiSané / Companion — algorithme de diagnostic nutritionnel
- Association France Lyme — conférence d'Anthony Berthou sur la nutrition